Refus de manger d’un petit enfant tout seul

Quand un jeune enfant refuse de manger tout seul, il est important de lui donner la possibilité de pouvoir être aidé et de régresser, ce qui veut dire qu’on ancre en lui qu’il peut demander de l’aide et qu’il y aura une réponse et aussi qu’il a le droit de redevenir un bébé pendant un petit moment.

A l’école maternelle, il m’est arrivé de surveiller le repas des petits (1ère et 2ème maternelle). Ces petits pleuraient beaucoup et peu mangeaient. Ma collègue criait beaucoup sur eux et cela n’arrangeait rien.

Sans rien reprocher à personne, j’allais près d’eux et je leur proposais de les aider. Avec leur accord, je leur donnais à manger et ce faisant, je verbalisais leur difficulté à manger sans leur maman en disant : 

  • « C’est vraiment difficile pour toi de manger sans ta maman. Elle t’a pourtant préparé un excellent pique-nique dans lequel elle a mis tout son amour pour toi. »

Leurs larmes se tarissaient, je leur proposais de se moucher le nez pour avoir moins d’encombrement dans la bouche. Puis je divisais le repas en deux parties et je leur proposais de ne manger que la moitié en disant qu’ils ne mangeraient l’autre que s’ils avaient encore faim. Je les aidais pour la première moitié. Ils ne refusaient pas de manger et s’ils ne voulaient pas entamer la seconde moitié, je n’insistais pas. J’ajoutais que, s’ils avaient faim vers 16h, ils pouvaient manger la deuxième partie. Et en remballant le pique-nique, je leur proposais leur dessert.

Mes collègues se gaussaient gentiment de moi en disant que j’étais trop bonne et que j’allais les rendre capricieux.

Je leur répondais aimablement que ce n’était pas une question de caprice et ensuite, je me taisais car elles ne m’écoutaient plus. Je finissais quand même par leur faire constater quelques jours plus tard que les enfants ne pleuraient plus et mangeaient seuls à la cantine. Donc je n’avais pas « perdu mon temps » ni le leur !

Je pense que la crèche est, à juste titre, fort protectrice, mais, pour un enfant dans les classes de maternelle, la transition entre les deux est très dure pour la plupart. Alors, soit il y a des enfants qui prennent sur eux et qui se sentent très seuls sans rien exprimer. Soit il y a des enfants qui pleurent et qui se font rabrouer car cela énerve les adultes. Soit il y a ceux qui ne veulent pas manger aux repas et reviennent à la maison avec leur pique-nique ou qui ont jeté leur pique-nique et alors ils se jettent sur n’importe quelle nourriture tant ils ont faim. Ne nous étonnons pas si cette fringale se porte sur le sucre qui est l’aliment de la douceur par excellence … même si ce n’est pas la meilleure chose pour eux. Proposez-leur en rentrant plutôt une soupe ou une crème peu sucrée légère et onctueuse qui n’handicapera pas le souper du soir.

Imaginez les dégâts que ce sentiment d’abandon fait dans l’évolution future de l’enfant, cela s’imprime en lui pour toujours. Il a été séparé de sa maman et personne ne prend vraiment le relais. Cela peut ébranler sa confiance en l’adulte au début et en l’autre pour suivre. Cela peut aussi finir par détruire sa confiance en lui-même si l’enfant a un tempérament de perfectionniste. Cela peut aussi le renfermer sur lui-même et l’amener à une maladie dont personne ne pensera que cette situation pourrait en être une des causes.

Donc si vous êtes puéricultrice ou institutrice en maternelle ou aide scolaire ou surveillante dans les écoles, veillez bien à donner à l’enfant le geste affectueux et la compassion dont il a besoin pour supporter ce que la société lui impose : la séparation très tôt … trop tôt ? … d’avec sa maman. Même si les enfants sont nombreux (j’en ai surveillé plus d’une trentaine à la fois), prenez en quelques-uns par quelques-uns chaque jour et vous arriverez au bout du nombre avec bien moins de fatigue que si vous vous énervez. 

Et last but not least, les enfants auront appris qu’ils sont acceptés comme ils sont par les adultes avec les qualités et les défauts des uns et des autres.

Et tout ceci sans parler du désarroi des parents qui n’ont plus de compte rendu de la journée jusqu’au moment où les enfants arrivent à raconter et à savoir faire revenir le passé. En effet, si petit, même si l’enfant est imprimé par ce qu’il vit, il vit dans le présent : le passé n’existe plus et le futur, pas encore. Je me souviens de mon petit-fils que j’allais chercher à l’école à cette époque, il me racontait tous les jours qu’il avait toujours mangé des frites à la cantine et du chocolat comme dessert. Pour lui apprendre à raconter, je me renseignais sur les menus de la cantine et je lui disais : « C’est ce dont tu te souviens mais je sais que tu as mangé ceci ou cela. Ce n’est pas grave de ne plus se souvenir exactement, tu vas bientôt apprendre à faire cet effort de mémoire petit à petit. » Tous les jours, je lui demandais ce qu’il avait fait à l’école et même si ce n’était pas l’exacte vérité qu’il me racontait. L’important pour moi était qu’il prenne l’habitude de raconter. Effectivement sa mémoire s’est exercée et il a fini par savoir dire.  C’est aussi la raison pour laquelle à la crèche, quand les enfants étaient servis du repas, nous expliquions ce qu’il y avait dans leur assiette : ceci n’est pas faisable à l’école. Et c’est dommage ! En effet, maintenant, on oublie trop souvent que l’éducation, ce n’est pas que les parents et ce n’est pas qu’à la maison, c’est aussi dans tous les moments de vie de l’école. Les éducatrices et les surveillantes devraient en être plus conscientes. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas qui en sont conscientes, heureusement ! Alors, elles sont très aimées et appréciées des parents Et des enfants. Observez et vous verrez, vous les reconnaitrez aisément et alors n’oubliez jamais de les remercier, une fois l’an au moins, par un petit présent : ce sont des femmes et des hommes précieux.

Bon courage ! 

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