La tétine

Voilà un objet qui amène beaucoup de polémiques et qui pourrait porter un autre nom que tétine : le tais-toi !

En effet, prenons conscience de ce que nous faisons quand nous donnons une tétine à un bébé ou à un jeune enfant : c’est, en fait, pour faire taire les cris que nous ne pouvons plus entendre.
Que diriez-vous, si quand vous me parlez, je vous dis à chaque fois sans rien écouter :

  • ‘’Taisez-vous ?’’ Ou si je vous donne à chaque parole de quoi vous remplir la bouche ?

Vous diriez :

  • ‘’Mais Mathilde, j’ai besoin de vous parler, arrêtez de me faire taire !’’

Et vous auriez raison de m’apostropher ainsi.
Hé bien, avec les bébés quand nous leur mettons la tétine dans la bouche, nous leur disons que nous ne pouvons pas les entendre. Or le bébé, lui, n’a que ses cris pour se faire entendre.

Or, en le faisant taire, nous lui apprenons qu’il n’y a aucune place pour la parole dans sa vie et ainsi vous mettez en place le futur qui pourrait être un manque de dialogue avec lui. Il ne faudra dès lors plus vous étonner, à l’adolescence, si ses copains ou copines  -qui eux l’écoutent- deviennent plus importants que vous.

Entendons-nous bien, je ne vous dis pas de supprimer totalement la tétine mais bien de le faire clairement et avec discernement.

Le faire clairement ? Cela veut dire : l’exprimer clairement à l’enfant en lui disant :

  • ‘’Je te mets ta tétine pour que tu te taises car je suis trop fatiguée pour pouvoir bien t’entendre’’ Ou bien ‘’ parce que tu dois dormir, ce n’est plus le moment de dialoguer.’’

Le faire avec discernement ? C’est apprendre à entendre les pleurs des bébés autrement que comme des cris. Après avoir vérifié qu’il est bien propre, qu’il n’y a rien qui le gène physiquement et qu’il a eu à manger, alors vous pouvez l’écouter. Soyez attentifs à ce qu’il essaie de vous exprimer. Votre intellect ne comprendra rien. Ne paniquez pas, faites le calme en vous en respirant lentement. Imaginez que vous vous habillez de l’amour venant de votre cœur. Cela va vous amener à vous rendre compte que les cris des bébés n’ont pas toujours les mêmes modulations. Et si vous vous mettez à son écoute vraiment en faisant silence en vous et en étant tout à lui, des images vous viendront. Verbalisez-les au fur et à mesure qu’elles vous viennent et quand vous arriverez sur la raison de ses pleurs, alors il s’arrêtera de lui-même.

Ce n’est pas facile à faire, je parle d’expérience mais, avec le temps, de la bonne volonté et de l’amour, nous y arrivons toujours en quelques semaines. Et ce temps que vous allez « perdre » en faisant cela, vous en fera gagner bien plus par après.

Il ne faut pas oublier qu’ainsi, vous mettez en place le dialogue pour quand il pourra parler car il saura que même sans toujours comprendre, vous savez l’écouter. Ce sera inscrit dans les cellules de son corps.

Un petit exemple ? Votre petit enfant (aussi petit soit-il) crie dans la voiture et vous conduisez dans des embouteillages ou bien vous êtes fatigué(e) après une longue journée de travail. Mettez-vous à chanter, cela vous détendra et l’enfant va finir, après quelques minutes, par vous écouter.

Je l’ai fait avec ma petite-fille quand j’allais la rechercher à la crèche et que je ne voulais pas lui donner la tétine pour la faire taire alors qu’elle n’était pas fatiguée, était propre et avait bien mangé. Je lui disais : ‘’Allez, Clémentine[1], nous allons parler, raconte-moi ce que tu as fait aujourd’hui.’’ Cela pouvait paraitre risible car elle ne pouvait pas encore parler avec des mots. Je disais quelque chose puis je laissais s’installer un petit silence. Et je reprenais ce qui pouvait paraitre comme un monologue. Mais au bout de quelques jours, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre derrière moi pendant un laps de silence, la petite me répondre par un ‘’ah ah ah ah ‘’ très modulé. J’ai éprouvé une telle joie que je me suis mise à chanter quand elle a eu fini. Puis, petit à petit, j’ai commencé à faire des vocalises puis je lui laissais un temps pour pouvoir reprendre. Parfois, je l’encourageais à me répondre. Au début, j’ai reçu beaucoup de silences mais très vite elle a aussi fait des ‘’A a a a, O o o o, I i i i , U u u u ’’. J’ai enchainé avec toutes les ritournelles que je connaissais pour les avoir chantés à mes propres enfants. Je vous assure, elle n’a plus eu besoin de sa tétine rapidement avec moi. Allez, prenez votre courage à deux mains et mettez-vous-y ! Cela va améliorer votre qualité de vie et aussi celle de votre enfant. Vous allez voir quel beau dialogue vous allez pouvoir engendrer entre vous et votre enfant. Et soyez rassuré, personne ne vous jugera si vous faites des fausses notes.


[1] Prénom modifié

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