Dispute de deux ou plusieurs enfants

Que faire quand deux enfants se disputent et que je n’ai rien vu du départ de la dispute ni de son pourquoi ? En effet, surveiller une cour de récréation ne donne pas la capacité à avoir les yeux partout et être mère de famille non plus ! 😉 😉 😉

Deux attitudes sont possibles :

  1. S’approcher et les punir tous les deux sans savoir pourquoi. Cette façon de faire, règle momentanément le problème en apparence mais elle n’apprend rien aux enfants. De plus, la dispute se continuera ailleurs.
  2. S’approcher des protagonistes et leur demander ce qui se passe. Là, j’ai un terrain favorable pour leur apprendre à gérer un conflit tout simplement. Je vais leur demander de me raconter ce qui s’est passé chacun à leur tour. J’exige que celui qui écoute (« B ») se taise, n’intervienne en aucun cas et retienne ses arguments pour quand il aura la permission de s’exprimer. Puis je donne au premier (« A ») la parole en spécifiant qu’il peut dire ce qu’il veut et ne sera pas interrompu. Quand sa parole se tarit, je lui demande s’il a bien dit tout ce qu’il voulait dire. Je lui donne quelques secondes pour réfléchir calmement. S’il reprend la parole, je veille bien à ce qu’il ne fasse pas des redites. Ensuite, je donne au second (« B ») l’occasion d’exprimer ses arguments comme il le sent. J’écoute aussi sans intervenir et en empêchant (« A ») d’intervenir.

Quand ils n’ont plus rien à dire et qu’ils se sont bien écoutés, je leur exprime ma perplexité : quand j’écoute « A », c’est « A » qui parait avoir raison et quand j’écoute « B », c’est aussi « B » qui parait avoir raison. 

Probablement pour des raisons louables, à ce moment de la gestion de conflit, il peut arriver que d’autres enfants veuillent intervenir. A chaque fois, je leur demande gentiment l’un après l’autre s’ils font partie de la dispute. Si l’un me répond non, alors je lui dis qu’il peut écouter mais qu’il n’a pas droit à la parole car cela ne le concerne pas. Si un autre me répond oui, alors je lui donne la parole après « A » et « B » et suivant ce qu’il dit, soit c’est « A » et/ou « B » qui le fait taire, soit je lui dis que son avis n’est pas correct avec ce qui est dit et du regard, j’interpelle « A » et « B » car ce sont eux quand même qui sont concernés. Celui qui veut intervenir « C », sent alors bien s’il est correct ou pas. Et il se retire ou je l’écoute s’exprimer sur ce qui s’est passé. Et je continue la gestion de conflit avec trois protagonistes : « A », « B » et « C » en leur demandant : 

  • « Que fait-on ? Quelle solution pourriez-vous trouver à votre problème ? »

Parfois, ils sont de bonne foi et ils trouvent des solutions et cela se règle sans problème.

Il peut arriver qu’ils ne proposent aucune solution. Alors je leur demande de me re-raconter la dispute mais pas en disant ce que, eux, ont dit, mais de dire ce que l’autre a dit. Donc « A » dit ce que « B » a dit et vice versa, chacun à leur tour en changeant de place physiquement (technique de Gestalt) : exercice très difficile ! A ce moment, la solution peut aussi émerger toute seule, parfois « C » qui s’est ajouté en prétendant être protagoniste pour soutenir un copain, se retire alors : trop compliqué pour lui. Et si « C » ne se retire pas de lui-même, alors je lui fais prendre la place d’un des deux autres, l’une place après l’autre et ainsi il « joue » les deux rôles, celui de « A » et de « B ».

Il peut aussi arriver qu’un enfant « A » soit tellement énervé qu’il ne puisse pas se calmer, je leur demande à tous deux (« A » et « B » et « C » s’il est déjà, présent) de respirer profondément plusieurs fois et je fais l’exercice avec eux en ralentissant doucement le rythme s’il est trop accéléré jusqu’à ce que ce rythme redevienne lent et calme. Et nous reprenons ce qui était en train de se dire. Cependant, je demande à celui qui s’est énervé de me donner la main et nous terminons cette gestion. Puis je lui propose de surveiller la cour avec moi pendant un petit moment, toujours en me donnant la main. Tout en marchant, je fais passer dans ma main beaucoup d’amour inconditionnel pour cet enfant. Je lui parle calmement, sans faire de morale, de la classe, de sa famille, de ses copains … . Je lui demande s’il vit des choses difficiles qui le poussent à s’énerver aussi vite et à se calmer aussi difficilement.


Au début, les enfants sont intimidés et craintifs car je présente clairement le fait de me donner la main pas du tout comme une punition mais, eux, le croient à première vue. La fois suivante où ils se sentent énervés, ce sont eux qui viennent me demander de me donner la main sans raison de dispute avec les copains. Ils disent juste que cela leur fait du bien …


Cette gestion des conflits peut prendre un peu de temps. Il est important de prendre ce temps, toutes affaires cessantes, car ce genre de conflit ne peut être différé. J’ai fait cela pendant une récréation que je surveillais. Comme les enfants ne rentraient pas en classe, les profs sont venus nous rejoindre et ont écouté bien gentiment sans intervenir : je les avais prévenus que cela risquait d’arriver. Ils savaient qu’au début, cela pouvait grignoter leur timing d’enseignement. Ils avaient bien compris que ce serait du temps gagné par après, pour eux aussi en créant un climat plus serein en classe, le conflit étant résolu. En effet, les enfants se rendent vite compte du caractère vain de leurs disputes. Et ils viennent rapidement tout seuls à la négociation de la solution.

D’ailleurs, dans son livre « Dehors les enfants ! Réapprendre à jouer dehors et à oublier les tablettes » (JC Lattès, 2018), l’ergothérapeute Angela Hanscom écrit :

« La récréation développe les habiletés sociales. […] Tandis qu’ils jouent, ils apprennent à négocier, à attendre leur tour, à communiquer efficacement, à écouter, à exprimer leurs besoins, à gérer les conflits, à créer et à respecter les règles, à s’exercer au leadership. »

Et, profitant de ce temps de récréation, nous pouvons toujours leur donner un petit coup de pouce en leur apprenant à gérer leurs conflits simplement et respectueusement : cela les encourage à ne pas entrer dans la spirale de la violence mais dans celle de la communication.

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